Édito

La revue noire n'échappe pas à cette étrange règle qui veut que quand on représente visuellement la notion d'« érotisme », on recoure à l'imagerie féminine du corps – étant entendu que la sexualité hétérosexuelle reste encore la plus répandue.
Ce corps humain féminin, que l'on pourrait dire vulgairement « mis à toutes les sauces » semble s'imposer comme le point de fuite de tous les phantasmes, là où, si l'œil concupiscent masculin apparaît de prime abord comme l'étalon qui conditionne indéniablement « une » vision de l'érotisme, beaucoup de femmes qui font des images (peintes, photographiées, filmées...) privilégient également ce corps qui semble doué d'une forme d'harmonie naturelle que le corps masculin serait bien en peine d'égaler, voire de seulement approcher.

Étrange destin spéculaire de ce corps qui, dans notre culture occidentale, aura acquis ses lettres de noblesse plastiques par l'abandon jugé indispensable de ce qui faisait l'essence même de sa féminité physique : son sexe. Ainsi, ce corps féminin perdit toute capacité de jouissance, pour ne garder que les seins ambivalents de la maternité possible et glorifiée. Encore ce corps sans sexe eût été impossible à féconder et se sera vu techniquement incapable d'enfanter - on n'est pas à un paradoxe près.

Le rapport au corps féminin reste des plus ambigus aujourd'hui encore, car masqué sous des voiles oppressants ou exhibé au-delà de la chair, il reste l'enjeu même de toute morale (de tout commerce, également), celui par qui toute la beauté du monde s'incarne ou par qui la disparition même du monde semble possible. En tout point donc, ce corps semble « redoutable » et à tout le moins « redouté », car bien que fait humainement d'organes identiques (hormis l'appareil génital lui-même) à celui de l'autre humanité masculine, admis qui plus est pour « faible » et « deuxième » en tant que sexe, ce corps n'en finit pas d'apparaître comme le piège médusant de tout regard à lui porté, contenant le creuset utérin qui porte la perspective de l'infinie reproduction de l'origine.

Le corps féminin est donc l'image par essence, puisqu'il contient virtuellement toutes les autres.

Alain Van Haverbeke
06.2011

retour au site  
00 PAGES 04-05 00 000 RUBRIQUES 000
01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48