Édito

Tout récemment, une jeune fille s'est dénudée sur son blog, en montrant une photo d'elle en noir et blanc, à l'exception d'un nœud et de chaussures colorisés en rouge. Un geste presque banal, aujourd'hui sur Internet, a fortiori sur un blog. Cependant, cette jeune fille, Aliaa Elmahdy, égyptienne et féministe, explique son geste comme un acte de contestation contre le harcèlement sexuel, le sexisme et l'hypocrisie, en ce comprise l'obligation religieuse (ici islamique) de porter un voile quel qu'il soit.

Ce qui frappe n'est pas tant sa nudité (une femme est une femme), par ailleurs très sobre, que la référence qui est ouvertement faite à un modus operandi autrefois prôné, sous nos latitudes occidentales (quoique pas strictement), par les artistes féministes des années 1960 – 1970, telles Carolee Schneemann ou Vallie Export, pour qui le corps individuel (a fortiori féminin) ne pouvait se départir, pour jouir (au sens fort) de sa liberté, d'une critique radicale du corps social dans son ensemble. Étant entendu que la confrontation entre ces deux « corps » prend généralement comme enjeu et champ de bataille celui des femmes. Il s'ensuit donc toujours que les séquelles (sociales, physiques, morales, etc.) les plus manifestes concernent essentiellement les femmes, dont toute apparition publique (habillées, nues, voilées, etc.) paraît devoir indéfiniment être réglementée par ceux-là mêmes (les hommes) qui semblent globalement incapables de vivre simplement à leurs côtés, sans leur (ou se) faire violence, de toutes les manières qui soient.

Étrangement, la charge de la preuve (puisqu'il y a somme toute procès ouvert depuis des siècles) revient toujours aux femmes, ainsi que les mesures censées restreindre la violence (finalement toujours à caractère sexuel) à leur égard de la part d'hommes qui, dans leurs paroles comme dans leurs écrits (notamment religieux), se posent en véritables « victimes » séculaires d'une anatomie à peu près infernale, doublée d'un esprit au mieux retors et au pire franchement diabolique (combien de « sorcières » sexuellement abusées, sur combien de bûchers rédempteurs allumés par leurs soupirants, repentis ou frustrés ?)

Quand un homme ne peut s'empêcher de bander à tout propos (sur des jambes, des seins, des fesses, une fente vulvaire, une cambrure de reins...), c'est aux femmes qu'il croise qu'il est exigé de se couvrir, mieux et davantage (la religion est un argument d'autorité fallacieux comme un autre), afin de ne pas tenter pas leur lascivité (comme on disait jadis) les sens masculins paradoxalement si prudes quoique toujours si prompts à s'exprimer bestialement à l'endroit de la féminité. Femmes si proprement « lubriques » qu'un pénis ne semble pourtant que rarement les entraîner aux dernières extrémités libidineuses, sans qu'au moins un beau discours ou un compliment, même ringard, du propriétaire ne viennent l'enrober, comme un ballotin autour de pralines fourrées.

Toute l'ambivalence étroite de la plupart des hommes est bien là, qui leur fait pareillement traiter de « putain » la femme qui s'est donnée (ou qu'ils ont prise par la force) et celle qui s'est refusée à leurs avances – le tout d'ailleurs, sans que jamais échange d'argent n'ait eu lieu.

Il reste que le corps nu d'Aliaa Elmahdy, dans son innocente banalité (elle n'est ni un mannequin stéréotypé ni un phénomène de foire ni une dévergondée provocante), vaut comme exemple universel de ce qu'il semble encore utile à prouver (voire à apprendre !) au premier connard venu, sur la simple réalité des femmes à être ce qu'elles sont et à se penser comme telles, sans ostentation nécessaire et sans surtout de honte à exister.

Alain Van Haverbeke
11.2011

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