Édito

Il y a deux ans déjà naissait la revue noire, dont l'objectif déclaré était de développer deux thématiques concomitantes et complémentaires : l'érotisme et le noir comme couleur.

Cette « nuit sexuelle », comme aurait dit Pascal Quignard, d'où tout monde est issu, n'est pourtant jamais celle de la dissimulation honteuse et de la jouissance occultée, mais a contrario, celle de l'intimité créatrice qui s'oppose à l'aveuglement du spectacle et au clinquant de l'écriture prostituée (pornographie).

La revue noire n'a donc pas montré (et fait entendre) que l'agencement des corps et la nudité essentielle de la chair, mais s'est aussi attardée à étendre la question érotique aux lieux possibles de son épanouissement, tant il est vrai que pour que l'érotisme advienne, le choix du lieu - comme coagulation tangible du temps – fait partie intégrante du jeu qui mène à la jouissance d'un corps dans un autre.

L'érotisme n'est pas juste un art du masque, tel qu'on l'oppose pauvrement à une nudité jugée erronément trop primaire, mais un art de la découverte. Par le lieu qui enceint et par l'endroit de la chair que l'on pénètre, l'érotisme est essentiellement un art de situation.

Même s'il reste encore parfois difficile de rencontrer l'expression authentiquement libre de l'érotisme des femmes - qui s'expriment aussi peu à propos d'elles-mêmes qu'on ne les écoute sincèrement, sans doute -, la revue noire s'est essayée à laisser voir tant une femme qui se montre, qu'une femme qui se regarde, qu'une femme qui en regarde d'autres...

Mais il reste plus inédit de trouver une femme qui parle des hommes et surtout, qui parle de leur corps et de la manière dont elle le regarde, montrant un désir gourmand qui, pour une fois, ne se satisfasse pas de métaphores maladroitement généralistes ou intellectualistes, à propos d'un corps d'homme qui ne serait, semble-t-il, jamais au centre des préoccupations féminines.

En somme, ce qui resterait à découvrir de plus intime chez les femmes et dans leurs yeux, pourrait bien être ce corps masculin, finalement laissé dans l'ombre, et qui, pénétrant dans leurs chairs vulvaires, n'en finirait pas de s'y dissimuler.

Alain Van Haverbeke
05.2012

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